L’HERBORISTE
L’herboriste représente un des plus vieux métiers de l’humanité. La fonction de l’herboriste est de vendre des plantes médicinales en l’état. Il prépare les plantes que lui fournissent des grossistes, les prépare, les conditionne, les vend, en donne le mode d’emploi. L’étiquetage des plantes est réglementaire et doit donner le nom de la plante en français et en latin, indiquer la partie de la plante stockée, son mode d’emploi et sa posologie.
L’herboriste doit vendre les plantes dans une « Herboristerie » qui ne peut être une Pharmacie transformée*.
Il est censé répondre à l’ordonnance d’un médecin et dans ce cas, les plantes sont prises en charge par la Sécurité sociale.
L’herboriste n’est pas un thérapeute, mais il travaille de concert avec lui et pendant 6 000 ans, c’est lui qui a fourni la matière médicale aux médecins.
Au XVIIIe siècle un même herboriste peut posséder des comptoirs dans des villes aussi diverses et importantes que Marseille, Lyon, Nice. On retrouve en Provence de riches maisons dont les pierres et les portes sont sculptées de motifs floraux qui identifient aujourd’hui leurs propriétaires : les herboristes. Organisés en corporation, ils affichent des armes variant selon la province.
A la Révolution, on leur précise un statut qui jusqu’à leur disparition va régenter leur état.
Les apothicaires ont toujours ressenti les herboristes comme des rivaux et la Faculté de Médecine, chargée de décerner le diplôme d’Herboriste, après un ou deux ans d’études, restreint leur commerce : ils ont le droit de vendre des « herbes en l’état », séchées et quelques produits d’hygiène, on dirait aujourd’hui de parapharmacie.
Les herboristes, appartenant au corps de santé, sont soumis à la tenue de registres comme les pharmaciens actuellement. Ils ne doivent vendre que des plantes indigènes ou très courantes, 600 plantes environ et ne peuvent posséder qu’un seul magasin sous le titre d’Herboristerie. Ils peuvent faire les mélanges mais pas à l’avance (ce qui est contraire à tout pragmatisme). Il leur est interdit de faire de la publicité.
En 1940 ils sont 6 000 en France et l’on a recours tantôt à son herboriste, tantôt à son pharmacien selon les maux à soigner. En 1941, croyant à la suprématie des substances actives enfin isolées et à la capacité de les reproduire en dehors de la nature, le ministre de la Santé d’alors supprime, d’un trait de plume, le diplôme d’Herboristerie.
Depuis, les derniers herboristes diplômés, qui avaient 20 ans en 1941, s’éteignent tour à tour, emportant avec eux une science séculaire. Quelques-uns, d’un âge canonique, servent de garants à des gens d’expérience mais non diplômés et ceci seulement jusqu’à leur disparition.
Les autres exercent en parfaite illégalité.
La demande en plantes médicinales augmente chaque année : malheureusement leur vente est assurée par des personnes ne possédant la plupart du temps aucune qualification, ce qui peut mettre en danger leur clientèle.
En attendant une nouvelle réglementation pour vendre ces plantes auxquelles on reconnaît de plus en plus d’efficacité si elles ont été bien prescrites et si elles sont de bonne qualité, apprenez vous-même à les discerner, à les reconnaître, à vous en servir avec circonspection, à en parler avec votre thérapeute.
* Certains pharmaciens ont souhaité transformer leur pharmacie en herboristerie, jusqu’à présent ils ont été poursuivis par le Conseil de l’Ordre, le pharmacien devant pouvoir répondre à toute demande de médicament quel qu’il soit. D’autre part la loi exige la présence d’un herboriste diplômé dans toute herboristerie même si elle appartient à un pharmacien.
Certains pharmaciens, férus de plantes médicinales, qui ont un grand rayon de plantes (jusqu’à 400 plantes) dans leur pharmacie, assurent les préparations demandées et les ordonnances des médecins phytothérapeutes pour leurs clients et leurs confrères.
Lettre envoyée à M. Jean-Luc Fichet par Clotilde Boisvert:
Capacité des herboristes à assurer la qualité des plantes médicinales proposées à la vente:
Les herboristes anciens (herboristes d’officine) pouvaient eux-même récolter, sécher, préparer leurs plantes médicinales pour les vendre. Mais la plupart du temps ils dépendaient de fournisseurs (herboristes en gros) qu’ils choisissaient librement et qui leur assuraient la qualité de leurs plantes : au besoin ils pouvaient les renvoyer s’ils les jugeaient non conformes.
Ces herboristes d’officine pouvaient répondre eux-même de l’identité de la plante (essentiel), de son bon aspect (couleur, odeur, texture et propreté), de la date de la récolte conditionnant son efficacité, la plupart des plantes étant obsolètes après 1 an de conservation.
Pour le reste, il se fiait à son ou ses fournisseurs. Ceux-ci accompagnaient leur livraison de « fiches de contrôle » – comme celle que m’a jadis montré Michel Pierre – indiquant le nom commun, le nom scientifique et la famille, la provenance, la teneur en principe actif et celle en pesticides. On pourrait, aujourd’hui, ajouter l’ »irradiation » .
Actuellement les grands fournisseurs de plantes médicinales (Cailleau, Vallée) mais même les plus petits (Herbes de Vie de Thierry Thévenin , Jean Maison et son Comptoir d’Herboristerie, etc..) peuvent répondre ainsi de la qualité des plantes qu’ils proposent à la vente.
Quand les envois arrivent de l’étranger, un herboriste en gros a la possibilité de faire faire des analyses décelant la présence de pesticides rémanents, des analyses bactériologiques ou même l’évaluation d’une éventuelle irradiation qu’elle soit accidentelle (Fukushima) ou opérée systématiquement aux frontières et souvent renouvelée inconsidérément.
Ces analyses mettent en œuvre des techniques sophistiquées telles que le dosage par extraction, la chromatographie en phase gazeuse, la chromatographie en phase liquide, la spectrophotométrie, la spectrographie de masse, etc. : elles dépassent largement la compétence d’un herboriste et sont exécutées dans des laboratoires spécialisés (cf charte de qualité de Cailleau).
Je ne vois pas un herboriste assumer lui-même cette vérification. Ceux qui ont des laboratoires d’analyses sont de gros distributeurs comme Vallée ou Cailleau.
Monopole des herboristes
Les herboristes d’officine vendaient des plantes à but thérapeutique, y compris les aromatiques (catégorie importante dans les plantes médicinales) dans le but de soigner mais rien n’empêchait de les acheter pour un autre emploi (culinaire en particulier. Il était même recommandé d’acheter son safran – l’épice la plus chère et la plus falsifiée – chez l’herboriste, synonyme d’authenticité).
La séparation en « épiciers » et « apothicaires » puis parmi ceux-ci la distinction entre « pharmaciens » et « herboristes » date de très longtemps déjà.
Les producteurs devraient pouvoir vendre leurs récoltes librement sur les marchés : ne donnant de conseils qu’après une formation spécifique leur donnant le titre de « producteur-herboriste » qu’ils afficheraient.
Le pays qui me semble le plus proche de notre démarche semble être l’Italie (Sicile plus particulièrement). Elle envisage, juxtaposés, l’existence d’ herboristes vendeurs de plantes dans leur officine et de récoltants de plantes médicinales-vendeurs.